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articles pour juin 2009

Interpréter

Interpréter, pour un musicien, c’est se retrouver face à une partition écrite par un autre (bien souvent).
C’est se retrouver face à une idée musicale faite de multiples éléments, rythmes, mouvements, harmonie, mélodies, etc. qui se traduisent en signes écrits. Il s’agit alors pour l’interprète de retrouver d’après ces signes, l’idée musicale du compositeur, de recréer sa pensée.
Retrouver la vie de l’oeuvre en quelque sorte.

Cette vie, ce sont les plus infimes variations de rythmes, d’intensité, les liens les plus subtils entre les harmonies et les sons, les timbres.


Si l’interprète est sensible à toute cette vie infinie de la partition, alors cette musique deviendra sienne, il sera traversé en effet par tous les événements qui sont la vie de l’œuvre, et l’interprétation sera juste.
C’est le souci d’authenticité qui fait la justesse.

Mais la musique passe à travers nous, nos mains, nos oreilles, notre corps, notre sensibilité. C’est pourquoi deux interprètes ne joueront jamais de la même façon.


J’ai entendu hier un concerto italien de Bach, interprété par deux grands pianistes. Deux versions différentes comme on dit.
Laquelle est la bonne ?
Les deux dès lors que l’artiste joue comme il est, c’est-à-dire s’il met toute sa sensibilité, son toucher, son intelligence au service des plus infimes parcelles de vie de l’œuvre, et qu’il se laisse traverser par elle.

Et il serait faux de vouloir les imiter, croyant que ce sera juste.
L’artiste lui-même, s’il est vrai, est incapable de se copier lui-même, s’il joue plusieurs fois le même morceau.
Imiter le jeu d’un autre, c’est reproduire un cliché, et dénaturer l’œuvre.
Imiter le vie de quelqu’un c’est passer à côte de la sienne.
L’artiste reproduit sa vie dans son jeu…
Oui, c’est sans doute cela le secret des plus grands interprètes, mais qui peut devenir le secret de tout interprète…
et alors oui, s’émerveiller de la splendide harmonie qui résulte de cet abandon.

Pré-ouverture du site

Bonjour et bienvenue sur ce nouveau site www.marie-jaell.info

 

piano_partition

Il est en pré-ouverture, donc encore sujet à de possibles révisions : certaines pages pourront être remaniées, d’autres seront probablement ajoutées, et quelques corrections peuvent être apportées. Cependant, il est déjà suffisamment complet et formé pour pouvoir être en ligne et vous permettre d’accéder à son contenu.

 

Il y a un siècle vivait une femme exceptionnelle, pianiste concertiste, compositrice et surtout pédagogue : Marie Jaëll. Par ses observations, sa pratique et de longues recherches, elle a mis au point une approche pédagogique brillante et révolutionnaire pour l’enseignement du piano, ce que l’on appelle la Méthode Jaëll. Assez méconnue, peut-être pour avoir été une femme à cette époque, malgré le fait qu’elle fût respectée par nombre de ses contemporains tels Franz Liszt, César Frank, Gabriel Fauré ou Camille Saint-Saëns, sa méthode est parvenue jusqu’à nous grâce à ses élèves et l’intérêt de grands maîtres du piano ou pédagogues comme Dinu Lipatti ou Eduardo del Pueyo qui n’ont pas manqué d’en voir sa grande valeur pour développer leur approche musicale et l’art de l’interprétation.

 

Cette méthode, loin d’être aujourd’hui dépassée, se retrouve au contraire validée et affermie par les recherches scientifiques actuelles, notamment en neurosciences qui ne font qu’en corroborer la démarche et le principe.

Marie Jaëll avait pressenti des choses qui étaient difficiles, voire impossible, à approfondir avec les moyens de son époque, mais elle a su utiliser les moyens à sa disposition et s’est ainsi, surtout vers la fin de sa vie, consacrée à ses recherches avec une approche très scientifique, en particulier par le biais de la physiopsychologie, alors très novatrice, en travaillant avec un médecin, le Docteur Charles Féré.

 

Le principe de ce site est de présenter cette méthode, son créateur, ainsi que les personnes qui ont diffusé et utilisé sa méthode. Il a aussi pour but de montrer que cette méthode est plus que jamais moderne et fertile. Si aujourd’hui elle est surtout utilisée pour l’éveil musical des jeunes enfants, un domaine dans lequel cette méthode se trouve manifestement qualifiée et bienvenue, elle va aussi beaucoup plus loin et permet à des pianistes de très haut niveau d’avoir un rapport avec leur instrument et des outils d’expressivité beaucoup plus riches, complets.

L’enjeu est grand : il ne s’agit pas moins de comprendre les rapports entre la pensée, le corps et l’instrument, puis de savoir exploiter ces connaissances avec intelligence et sensibilité. Cette approche ne peut sembler qu’évidente, car l’interprétation musicale suit bien ce chemin : depuis l’intention musicale d’une expression sensible jusqu’à l’exécution physique par des mouvements sur un instrument qui va produire des sons et finalement aboutir à une musique qui doit transmettre la sensibilité intentionnelle initiale.

Malheureusement, ce que déplorait déjà Marie Jaëll à la fin du XIXe siècle, l’enseignement d’un instrument ne s’effectue pas toujours de façon appropriée, en grande partie par ignorance des mécanismes mis en jeu, ce qui souvent va même à l’encontre de l’objectif recherché en inculquant des automatismes qui vont nuire et étouffer les ressources de l’interprète. En fait, cette méthode, développée pour le piano demeure valable pour n’importe quel instrument tant qu’un humain en est l’exécutant, et il n’est pas difficile de constater que cette méthode serait aussi valable dans de très nombreux autres domaines, et ouvre la voie à d’autres recherches et découvertes passionnantes.

 

Ce site est composé de deux parties :

– Une partie nommée Marie Jaëll, qui recueille des pages informatives et de référence sur Marie Jaëll : sa biographie, une description de sa méthode, son œuvre musicale et littéraire.

Celle partie comporte également une liste des acteurs d’hier et d’aujourd’hui dans l’univers de Marie Jaëll et de sa méthode, que ce soient des personnes ou des organismes, ainsi que des pages biographiques pour certains de ces acteurs.

 

– Une partie nommée Carnet, qui s’apparente à un bloc-notes (ou un blog), tenu par Catherine Guichard. Ce carnet comportera différents articles connexes à la méthode de Marie Jaëll., ceci allant de la réflexion sur des extraits de textes de Marie Jaëll à des articles scientifiques d’aujourd’hui, qui vont dans le même sens que la démarche de Marie, en passant par des articles pédagogiques, des articles sur l’actualité qui touche au monde de Jaëll, et des réflexions ou de simples pensées de l’auteur.

Sensibilisation à la pédagogie Jaëll

Pédagogue veut dire celui qui accompagne, qui sait donner des moyens à son élève . 

 

L’apprenti musicien de 5-6 ans ne sait pas encore lui-même ce qu’il veut.

Notre rôle est de l’éveiller à la musique à travers l’instrument, c’est à dire lui faire découvrir un monde où il pourra s’exprimer par un langage nouveau, le langage des sons, avec sa sensibilité.

Entrer dans ce monde sensible, c’est savoir respecter le rythme de chacun, ne pas forcer mais amener doucement l’enfant à la confiance et au savoir-faire.

 

Apprendre la musique, c’est apprendre à écouter avant tout, à s’écouter, donc à prendre le temps d’ouvrir ses oreilles et de ressentir, puis de savoir  transmettre, jouer sur l’instrument ce qu’on entend.

Deux points essentiels : 

  • amener l’enfant à comprendre, écouter et entendre, ce qu’il va jouer.
  • lui donner les moyens de dire, de raconter, de jouer sur son instrument ce qu’il entend, c’est ce qu’on appelle la technique. La technique n’est autre que de savoir donner à l’élève des moyens pour être au service de la musique qu’il va jouer.

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Je suis allée me promener…

Le rythme est primordial. C’est la vie de l’interprétation.

Les valeurs de notes notées sur une partition ne sont qu’une manière d’exprimer la justesse absolue des temps, mais cette écriture conventionnelle ne reflète pas la vérité artistique.
C’est la pensée du musicien qui restitue à l’œuvre le courant rythmique qui la traverse,.
C’est en écoutant jouer Liszt que Marie Jaëll a réalisé pour la première fois la subtilité des différenciations rythmiques.
Il faut bien le dire, écrit elle, ce n’est pas la musique telle qu’elle est écrite par le compositeur que j’entendais, c’est la transfiguration idéale de cette musique, une musique infiniment plus belle, infiniment plus divisible, dont les gradations infimes des rythmes et des nuances ne peuvent plus se traduire par les signes de l’écriture.


Le rythme est la vie même.


En passant de longues heures à se promener au jardin du Luxembourg, Marie Jaëll observe les arbres, leur balancement et toutes les infimes différenciations rythmiques qui les traversent :

Je suis allée me promener au Luxembourg en compagnie d’un petit vent d’Ouest qui rendaient tous les arbres musiciens. J’en ai profité pour regarder et écouter leur musique.

Arrivée chez moi, je réfléchissais sur cette impression particulière, en cherchant encore à me rappeler ce que j’ai vu, c’est alors qu’à mon grand étonnement, j’ai vu réapparaitre dans ma pensée une grande quantité d’arbres dont chacun se balançait, avec l’ensemble des branches et des feuilles, dans son rythme caractéristique et personnel… je voyais simultanément le balancement écourté et un peu saccadé des orangers tondus dans leurs caisses, le rythme léger, plein d’élégance et de grâce des grenadiers, le balancement si différent des palmiers à feuilles courtes ou longues, touffues ou clairsemées, vus en perspective ou tout à fait proches, la pauvreté rythmique et les mouvements de va et vient monotones des lilayers, la lourdeur rythmique de certains arbres trop encombrés de branches qui barraient le chemin au souffle du vent, et la grâce rythmique extraordinaire de certains autres dont les longues branches et la structure générale étaient plus favorables au jeu des mouvements opposés, et au-delà encore, je voyais les sommets d’un grand nombre de marroniers dont la variété du balancement me faisait involontairement penser aux différences de troncs et de formes à laquelle devait se ramener la différence rythmique constatée dans les sommets.

Marie Jaëll, Cahier n°1

Cerveau : l’écoute et le toucher sont intimement liés

Il est maintenant scientifiquement prouvé que les aires auditives et tactiles dans le cerveau sont intimement liées. Eckart Altenmüller, professeur à l’Institut  de physiologie de la musique, à la faculté de musique et de théâtre de Hanovre, écrit dans une revue scientifique :

La perception de la musique n’est pas seulement auditive. A chaque son correspond une position des doigts sur l’instrument… Lorsque nous jouons d’un instrument, les vibrations de cet instrument se transmettent aussi à notre corps… Lorsque des représentations sensorimotrices aident à déterminer des motifs musicaux, le cerveau doit convertir la musique ressentie par les doigts en sons tels qu’ils sont perçus par l’ouïe. Certains pianistes ressentent des fourmis dans les  doigts en entendant un morceau de piano ou, au contraire, “entendent” un morceau quand ils tapotent des doigts sur une table. Chaque fois que nous jouons d’un instrument, notre cerveau doit mettre en relation des informations auditives avec des données sensorielles et motrices.

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